Abonnement à Agridape

Accueil / Actualités / Journée mondiale de lutte contre la désertification et la sécheresse 2023:Les (...)

Journée mondiale de lutte contre la désertification et la sécheresse 2023:Les droits fonciers des femmes

La Journée mondiale de lutte contre la désertification et la sécheresse en 2023 a pour thème « Les droits fonciers des femmes ». Ces droits sont essentiels pour atteindre les objectifs mondiaux liés à l’égalité des genres car les femmes, qui jouent un rôle important dans la santé des terres, sont souvent confrontées à des obstacles majeurs pour garantir leurs droits fonciers. Et lorsque la terre se dégrade et que l’eau se raréfie, les femmes sont souvent les plus touchées.
Conscient de cela, IED Afrique propose des solutions pour faire face au problème mondial qui menace les terres fertiles de notre planète par le renforcement des droits des femmes.

17 juin 2023

Lutte contre la sécheresse et la désertification par le renforcement des droits fonciers des femmes

Dans le monde, les femmes constituent la catégorie sociale la plus affectée par les effets néfastes des changements climatiques tels que la dégradation des terres et la raréfaction de l’eau. Cette situation occasionne une baisse drastique des rendements agricoles. A cela s’ajoutent leurs contraintes d’accès aux terres et l’absence de contrôle de ces dernières. Paradoxalement, les femmes représentent près de la moitié de la main-d’œuvre agricole mondiale mais seulement un cinquième (1/5) des propriétaires fonciers. De surcroît, leurs droits à hériter des biens de leur mari sont souvent bafoués en vertu de lois et pratiques coutumières, religieuses ou traditionnelles.

Ainsi, pour rendre ces femmes moins vulnérables à certains chocs naturels comme la sécheresse, il devient impérieux de renforcer leur présence non seulement dans les instances de prise de décisions sur les questions foncières afin de faciliter l’accès à ce facteur de production mais aussi leur implication et appropriation des initiatives de reverdissement visant à restaurer les terres agricoles.
La question de la gestion durable des terres est au cœur de la contribution efficace à l’atteinte des objectifs de développement durable (ODD) plus particulièrement l’ODD 1 (pas de pauvreté), l’ODD 5 (égalité entre les sexes), et l’ODD 13 (mesures relatives à la lutte contre les changements climatiques).
Au Sénégal, les difficultés liées au secteur agricole sont dues principalement à la dégradation des terres causée notamment par l’adoption de mauvaises pratiques (l’utilisation irrationnelle des intrants chimiques, brûlis, déboisement), la salinisation et l’instabilité des pluies. Selon la Convention des Nations Unies sur la Lutte contre la Désertification (CNULD), ces terres en majeure partie arides ou semi-arides ont atteint un niveau de dégradation de 34 %. A ce phénomène s’ajoute la précarité des droits fonciers, qui exposent davantage les femmes, principales utilisatrices des ressources naturelles. En effet, la sécheresse découle, en partie, des conséquences très néfastes sur les activités des femmes rendant plus pesantes leurs responsabilités familiales comme l’approvisionnement en eau, la collecte de combustibles pour la cuisson des aliments et le chauffage ainsi que la sécurité alimentaire du fait de la baisse de la productivité agricole.
A ce propos, il est reconnu que les femmes rurales constituent le fondement de l’agriculture sénégalaise car représentant 52% de la population, 70 % de la main-d’œuvre agricole et produisent 60 à 80 % des aliments de consommation familiale (FAO 2011). Néanmoins, malgré un cadre juridique favorable à leur accès à la terre et aux instances de prise de décision en matière foncière, les femmes restent confrontées à des obstacles entravant l’effectivité de leurs droits fonciers ainsi que leur accès aux autres facteurs de production (eau, financements etc.) face surtout à des pratiques et normes socioculturelles jugées pesantes. Tout ceci freine leur autonomie et résilience face à d’éventuels chocs. Elles ne contrôlent que 12% des terres au niveau national (enquête démographique et de santé, 2010-2016). Cette situation est accentuée par d’énormes pressions autour des ressources foncières avec des acquisitions de terres à grande échelle, des accaparements fonciers ou encore des projets de l’État à forte incidence foncière.
La participation des femmes aux instances de prise de décision en matière foncière est également moindre dans la mesure où peu de femmes conseillères sont membres des commissions domaniales, principale instance de prise de décision en matière foncière au niveau des collectivités territoriales.
L’importance du rôle des femmes dans la satisfaction des besoins des ménages tant en milieu rural qu’en zone urbaine n’est plus à démontrer. C’est fort de cela que l’ONG IED Afrique leur accorde une place importante dans ses interventions. C’est l’exemple du projet Genre, Terre et Redevabilité mis en œuvre depuis 2020 et qui a pour but de promouvoir une gouvernance foncière inclusive et équitable au niveau des collectivités territoriales. Pour ce faire, le projet promeut des approches innovantes en matière d’équité de genre afin d’améliorer le rôle des femmes dans la gouvernance foncière locale, dans un contexte d’augmentation de la pression commerciale sur la terre. Ces approches innovantes sont des outils favorisant la participation citoyenne notamment celle des femmes aux processus décisionnel locaux tels que les chartes de gouvernance foncière inclusive ; les comités (villageois, zonaux ou communaux) de gouvernance foncière inclusifs ou encore les commissions domaniales élargies aux femmes et autres acteurs ressources. Le projet part du postulat selon lequel pour renforcer le contrôle des femmes sur leurs terres et leurs moyens de subsistance, il est indispensable de renforcer la prise en compte de leurs voix au sein des instances de décision en matière foncière.

A cette intervention s’ajoute celle du programme « les Communautés Reverdissent le Sahel (CRS) » qui prône leur autonomisation et le renforcement de leur résilience à travers leur implication et appropriation dans les activités telles que :
● Sensibilisation/formation sur les avantages et techniques de la Régénération Naturelle Assistée (RNA) : elles acquièrent les compétences pour mettre en pratique la RNA dans leurs champs ;
● Valorisation des Produits Forestiers Non Ligneux : les femmes ajoutent de la valeur sur les produits bruts issus de la RNA en les transformant sous forme de divers dérivés (huile de balanites et de baobab, poudre de bouye, etc.) et procèdent à leur vente ;
● Formation sur les foyers améliorés permettant d’alléger les tâches domestiques telles que la recherche de bois de chauffage et de réduire la pression sur les arbres ;
● Constitution des comités sensibles au genre : elles sont représentées dans les comités installés aux niveaux village, zonal et communal.De même, les femmes ciblées dans cette intervention apportent au programme une grande valeur ajoutée, à travers leurs rôles de formatrices dans la vulgarisation des techniques de RNA, de fabrication de foyers améliorés et de transformation des produits issus de la RNA.

Messages clés

1. Compte tenu du rôle crucial des femmes pour la sécurité alimentaire et le renforcement des moyens de subsistance des ménages, il devient nécessaire et urgent qu’elles soient représentées dans les instances décisionnelles afin de faciliter leur accès aux terres et impliquées dans les initiatives de restauration durables des terres agricoles et valorisantes des services écosystémiques.
2. L’accès et le contrôle des femmes à la terre demeurent aussi cruciaux pour atteindre les objectifs de développement durable et lutter contre la pauvreté.

Recommandations

● A l’endroit de l’État :
Promouvoir et opérationnaliser des lois et politiques plus sensibles au genre sur les questions foncières et la gestion durable des terres.
● A l’endroit des partenaires financiers :
Orienter les financements dans la facilitation de l’accès aux facteurs de production (terres, eau) et dans des activités génératrices de revenus qui sont associées à la Régénération Naturelle Assistée permettrait de renforcer davantage l’autonomisation et la résilience des femmes.
● A l’endroit des OSC :
Développer des outils et stratégies inclusifs et durables sur la thématique afin de permettre à la communauté cible en particulier les femmes d’assurer la réplicabilité même au-delà de la vie des projets.