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Valorisation des céréales locales au Niger : transformer pour moins importer

Au Niger, les citadins cherchent des produits de qualité plus faciles à préparer que les céréales comme le mil, le sorgho, le fonio, etc. Actions pour la Sécurité et la Souveraineté Alimentaires (AcSSA) a développé une initiative allant dans le sens du renforcement des capacités productives des femmes qui s’activent dans la transformation de céréales à Niamey et dans d’autres localités du pays, dans le but de contribuer à la réduction de l’importation des produits alimentaires dans le pays.

Les céréales continuent à représenter 76% des apports énergétiques pour les Nigériens, mais l’insuffisance de l’offre en produits transformés locaux incite les urbains à s’orienter vers des produits importés faciles à cuire ou à consommer (pain, couscous et pâtes alimentaires par exemple) au détriment des céréales locales.

Parallèlement, le Niger est régulièrement victime de sérieuses crises alimentaires alors que l’économie du pays repose sur l’agriculture. Les crises de surproduction n’atténuent pas les effets de la sous-production car les moyens de stockage, de conservation et de transformation manquent.
Connecter l’offre alimentaire issue de l’agriculture familiale à la demande urbaine, en appuyant le secteur de la transformation, représente donc un véritable enjeu pour la sécurité alimentaire et la lutte contre la pauvreté.

Face à l’importation de produits alimentaires de l’étranger, des femmes se sont engagées dans la transformation des céréales produites dans des zones rurales pour augmenter leurs revenus. La plupart des femmes exercent le métier de transformatrice en complément d’autres activités telles que le commerce, la couture, la vente de cosmétiques, etc.

Services mis en place

En 2012, Actions pour la Sécurité et la Souveraineté Alimentaires (AcSSA) a mis en œuvre un projet de valorisations des céréales locales pour contribuer à la satisfaction des besoins en produits alimentaires transformés au Niger.
Le projet a cinq objectifs :
•renforcer l’organisation, la structuration et la professionnalisation des promotrices grâce aux formations techniques portant sur des thèmes clés liés à la transformation ;
•faciliter l’acquisition des équipements adaptés, l’accès aux matières premières de qualité et au financement ;
•assurer la promotion commerciale des produits finis par la diffusion de spots radiotélévisés ;
•participer aux foires commerciales tant au Niger que dans la sous-région et organiser de journées de dégustation ;
•organiser des visites d’échanges dans la sous-région.

Les produits concernés sont essentiellement le mil, le sorgho, le maïs, le riz, le fonio et des légumineuses comme l’arachide, le niébé, les produits maraichers, etc. Les activités ont été réalisées à Niamey, Zinder (seconde ville du pays), les localités de Say et Kollo situées dans la zone péri-urbaine de Niamey.

Transformation

L’appui s’adresse essentiellement aux femmes organisées au sein de groupements féminins ou d’unités de transformation (UT). Il s’agit précisément de 29 groupements féminins structurés en quatre unions situées dans les zones de Niamey comme les Femmes Battantes, le groupement Di Ga Bégué.
A Zinder, l’association Mata Masu Kuzari a été appuyée. A Say et à Kollo, l’organisation Harey Bane a été accompagnée par le projet. Ces associations comptent 220 membres directs. Leurs actions ont touché 1540 personnes. Sur la période de 2010 à 2014, les femmes ont transformé 215,5 tonnes de matières premières et ont obtenu 151,7 tonnes de produits finis vendus pour un chiffre d’affaires de 161 millions F CFA.

Ces résultats ont été obtenus grâce à un partenariat fécond entre les bailleurs de fonds (Union européenne, Seed Fondation, Agence Française de Développement…), le secteur privé et la recherche. En effet, le laboratoire de technologie alimentaire de l’Institut National de la Recherche Agronomique du Niger (INRAN) a assuré la formation, le suivi qualité et l’analyse des produits.

Changements

Aujourd’hui, les femmes transformatrices produisent toute sorte de produits facilement consommables à des prix compétitifs : couscous, semoules, brisures, farines, riz soufflé, vermicelle, pâte de mil séché et biscuits (à base de mil et de sorgho). Ces produits sont vendus dans environ 100 points de vente régulièrement approvisionnés : épiceries, supermarchés et stations-services. En deux ans, elles ont vendu presque 70 tonnes de produits dérivés de céréales locales, soit plus de 115 000 rations journalières à base de céréales.

Pour les femmes transformatrices, cela représente 70 millions F CFA de chiffre d’affaires annuel (plus de 100 000 euros). Le bénéfice à redistribuer représente près de 30 millions FCFA, soit près de 200 000 FCFA par transformatrice (300 euros), c’est-à-dire un peu plus que le revenus annuel moyen au Niger (270 euros). L’activité de transformation procure aux femmes des revenus supplémentaires qui bénéficient à leurs familles.
Elles participent donc à l’amélioration des conditions de vie de leur foyer et acquièrent un nouveau statut social. Par ailleurs, le fait de développer une activité économique indépendante a apporté aux femmes de la reconnaissance, mais aussi de l’autonomie.

Le projet a été bien apprécié par les bénéficiaires. Il a contribué à une meilleure organisation interne des groupements, au réseautage par la constitution de quatre unions et d’une fédération. Il a aussi permis d’améliorer les capacités techniques des femmes en matière de transformation de céréales diversifiées en respectant les règles d’hygiène.

Les équipements acquis ont aussi permis de réduire la pénibilité des tâches réalisées par les femmes, d’améliorer leurs chiffres d’affaires et donc les conditions de vie des familles. Le projet a aussi accompagné une mise en relation entre les producteurs, les fournisseurs et des clients des produits transformés. Cela a permis l’achat groupé de matières premières de qualité et d’emballages, l’amélioration de la visibilité des produits auprès de la clientèle, l’augmentation de points de vente et la mise en relation avec des institutions de micro- finance.

Pour renforcer davantage les connaissances des bénéficiaires en matière de transformation, des visites d’échange d’expériences entre femmes transformatrices ont été organisées des trois pays.

Toutefois, deux conditions sont essentielles pour une mise à l’échelle : l’implication personnelle du promoteur et la synergie entre les acteurs de la chaîne de valeur. Ces deux éléments réunis permettront de mieux maîtriser le processus de transformation et de garantir la qualité et l’hygiène des produits finis.

Défis

Cependant, des obstacles doivent être surmontés. Ils sont relatifs à la cherté et manque des emballages dans le pays. Pour en disposer, les femmes doivent faire la commande au Burkina Faso, au Ghana ou au Nigeria. Les groupements manquent également d’équipements de production et de séchage. Ils proposent que l’Etat applique une exonération fiscale sur de tels équipements pour les rendre plus accessibles.

Source : "Valorisation des céréales locales (mil, sorgho, riz, fonio) sur les marchés urbains"

Fiche de capitalisation réalisée par le ROPPA en partenariat avec Inter-réseaux