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Editorial : Perspective économie verte

Se basant sur les enseignements du projet « Initiative pour une économie verte » lancé en 2008 par le Programme des Nations Unis pour l’Environnement (PNUE) et coordonné par le Bureau International du Travail (BIT), le Sénégal a choisi de travailler sur six secteurs clés à fort potentiel de croissance, de création d’emplois et de réduction de la pauvreté. Le but est de bâtir une économie compétitive et durable.

Il s’agit de l’agriculture, de la pêche, de la foresterie, des ressources en eau, des énergies renouvelables et l’efficacité énergétique, ainsi que la gestion des déchets.
Alors que ce projet et d’autres initiatives cherchent à renforcer les politiques en cours sur l’économie verte, l’ Union Internationale pour la Conservation de la Nature (UICN) et Innovation-Environnement et Développement en Afrique ( IED Afrique), membres de la plateforme internationale « Green Economy Coalition » (GEC), active depuis 2016, se sont intéressées à l’animation du dialogue entre tous les acteurs des secteurs de la pêche artisanale et de l’agriculture familiale, du fait de leur importante contribution à l’économie nationale.

Ainsi, les deux organisations ont conjugué leurs efforts au Sénégal avec comme objectifs de renforcer les espaces de dialogue multi-acteurs, afin d’améliorer les capacités des citoyens et des parties prenantes à s’organiser pour exprimer leur voix dans la gouvernance du capital naturel et sur les avantages de l’économie verte pour lutter contre la dégradation des ressources naturelles et promouvoir leur utilisation durable.

Pour ce faire, il fallait mettre en place des stratégies de communication adaptées et d’engagement fort des parties prenantes pour le dialogue politique entre les différents acteurs concernés en vue de promouvoir la transition vers l’économie verte.

Cette initiative vise donc à favoriser le dialogue aux plans local et national entre les citoyens, les organisations de producteurs et de la société civile et les décideurs par l’identification, la capitalisation et la vulgarisation des bonnes pratiques sur l’économie verte dans les secteurs de la pêche et de l’agriculture familiale.

Il s’agit également de documenter les perceptions des acteurs sur les enjeux et défis, eu égard à leurs expériences personnelles à travers les différentes missions d’enquêtes.

Sur le plan méthodologique, une série d’enquêtes auprès des acteurs de la pêche artisanale et de l’agriculture familiale a été effectuée dans des sites choisis en fonction de la pertinence des activités qui s’y développent, mais également de la diversité des acteurs. Il s’agit des sites de Mbour, Joal et Saint Louis dans le secteur de la pêche artisanale et de Djender, Keur Moussa , Thiès et Kaffrine pour l’ agriculture familiale.

La population cible principale des enquêtes est constituée des acteurs intervenant directement dans les activités des secteurs de la pêche artisanale (pêcheurs, mareyeurs, transformatrices, agents techniques des pêches…) et de l’agroécologie (agriculteurs, vendeurs de légumes, charretiers, maraîchers, mécaniciens en matériel agricole, conducteurs de machines agricoles, ingénieurs agronomes, transformateurs, etc.)

Et puis, les élus locaux, des représentants des services techniques, des organisations professionnelles, des ONG ont été impliqués.

L’ objectif de ces enquêtes est de faire remonter « les résonnances » issues des dialogues au plan local vers la plateforme nationale sur l’économie verte dont l’UICN et IED Afrique sont membres et Co-animateurs du groupe communication et plaidoyer.

La réalisation de ce numéro spécial de la revue AGRIDAPE entre d’ailleurs dans ce cadre. Les résonnances recueillies auprès des acteurs ont permis de relever de bonnes pratiques qui méritent d’être soutenues dans le cadre de cadre de la transition vers une économie verte.

Au même moment, nous avons constaté d’autres pratiques moins vertes liées à des facteurs anthropiques qu’il faut nécessairement redresser pour aller vers un développement durable des deux sous-secteurs. Ces résonnances nous renseignent également sur les enjeux et les opportunités à saisir dans les deux sous-secteurs.

Pour une meilleure diffusion des activités déjà menées dans le cadre du projet IVERS, il faudra veiller à la mise en œuvre d’une bonne stratégie de communication pour vulgariser les messages clés tirés des résonnances des acteurs, afin de bien amorcer le dialogue sur la transition vers l’économie verte.

Toujours, dans l’optique de la création d’un mouvement pour influencer la dynamique de transition vers l’économie verte au Sénégal, est-il crucial de multiplier les partenariats et collaborations avec des personnalités, institutions et organisations qui s’activent dans le domaine de l’environnement et qui pourront, avec l’UICN et IED Afrique, s’engager à porter les « résonnances » recueillies sur le terrain.

Et puis, il serait opportun de réfléchir à intégrer les enjeux liés à l’exploitation des hydrocarbures découvertes au Sénégal, dans la dynamique de transition vers l’économie verte.

Enfin, puisque le changement ne se décrète pas, il faudra élargir les partenariats pour mobiliser des ressources et mettre en place un programme durable apte à soutenir le processus de transition vers une économie verte au Sénégal. On peut espérer que cette dynamique contribue à donner corps au « PSE vert » qu’ambitionne le Sénégal.

Dr Racine Kane
Chef de Mission de l’UICN au Sénégal