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Editorial : savoir faire face

La revue AGRIDAPE vous revient avec un numéro spécial. Une tradition maison. Cette fois-ci, elle porte le regard sur les premiers résultats du projet Promouvoir la résilience des économies en zones semi-arides (PRESA).

Mis en oeuvre dans six pays en Asie et en Afrique dont le Sénégal et le Burkina Faso, le PRESA a pour objectif de générer des connaissances sur les dynamiques de résilience des économies dans ces deux pays. Le PRESA porte donc sur des enjeux cruciaux pour le présent et l’avenir de l’Afrique, notamment sa partie sahélienne mise à rude épreuve par le changement climatique. Les catastrophes naturelles à répétition en sont des manifestations. La baisse des rendements agricoles et l’avancée de la mer en sont d’autres. Face à une telle situation, réinventer l’avenir devient une impérieuse nécessité. Les populations sahéliennes ont toujours témoigné d’une aptitude atavique à faire face aux aspérités d’une nature souvent hostile. Mais aujourd’hui, leurs capacités d’adaptation et d’innovation sont davantage sollicitées par le dérèglement climatique qu’un accord de Paris (Cop 21), aussi ambitieux soit-il, ne saurait calmer. L’enjeu est d’autant plus délicat qu’il engendre un bouleversement de destins individuels et collectifs et une recomposition des vocations.

CONNAITRE LA RÉSILIENCE

Dès lors, comprendre les initiatives endogènes prises par les communautés est un défi de taille car aucune de leurs activités de subsistance n’est à l’abri des contrecoups du changement climatique. En effet, une sérieuse menace pèse sur a sécurité alimentaire très dépendante de la pluviométrie. Selon la FAO, en 2013, près de 11 millions de personnes ont été victimes de l’insécurité alimentaire dans les pays du Sahel à cause d’une mauvaise saison des pluies. Le climat change, la pluviométrie devient plus aléatoire, la démographie continue de croitre rapidement accentuant la pression humaine sur les ressources naturelles. Tous ces phénomènes sont source d’inquiétude pour les politiques. Dans un tel contexte, mieux renseigner les prises de décision politique est devenu indispensable.

La capacité des communautés à innover, justement pour continuer à exister dans une planète en réchauffement, mérite d’être passée à la loupe et partagée. Il y va de l’intérêt des Etats. Surtout lorsqu’ils sont soucieux de politiques de développement résilientes et durables basées sur les savoirs et les bonnes pratiques locaux. C’est là où réside toute la pertinence du PRESA.

AVANT-GOÛT

Après plus deux ans de mise en oeuvre, le PRESA vient donc partager ses premiers résultats. A consolider certes. En effet, il s’agit de partager avec les acteurs de développement les « fleurs » de la recherche sur la résilience sous les lunettes éclairées de sept équipes de chercheurs. En vous rassurant que cellesci vont porter leurs « fruits » dans les mois et années à venir.

Un avant-goût des résultats qui sont le prétexte ce numéro spécial édifie sur la moisson attendue in fine. Dans leurs travaux basés sur un travail de terrain rigoureux et fructueux, les chercheurs du PRESA scrutent les effets du changement climatique sur le pastoralisme au Ferlo (Sénégal) ainsi que les dynamiques de résilience des organisations féminines qui s’activent dans les filières lait et viande, tout comme dans la filière coton au Burkina Faso. Au Sénégal et précisément dans la zone des Niayes et dans la vallée du fleuve Sénégal, les migrants participent activement aux dynamiques de résilience des populations qui luttent dignement contre les bouleversements climatiques. Ils s’érigent d’ailleurs en de véritables « bailleurs » de la résilience, à travers des investissements collectifs et/ou individuels privés réalisés à partir des fonds qu’ils transfèrent régulièrement dans leur terroir d’origine.

Par ailleurs, le secteur privé n’est pas indifférent aux bouleversements climatiques. Les conditions de son adaptation ont intéressé nos équipes de recherche, la dimension genre de l’investissement communautaire et économique aussi. L’initiative des femmes de Popeunguine en est une parfaite illustration.

Sur le plan agricole, les paysans de la vallée du fleuve Sénégal sont exposés à la variabilité climatique. Au Burkina Faso, le bassin du lac Bagré, jadis espace des agropasteurs, vit une recomposition territoriale et économique. Les mêmes actions de résilience sont observées dans le bassin versant du Sourou aussi confronté à la variabilité climatique. Dans ce pays, s’adapter sous-entend donc une approche particulière de gestion des ressources en eau, mais aussi une stratégie de résilience basée sur les connaissances endogènes, lesquelles doivent être documentées et diffusées.

Au-delà, le PRESA déroule une approche, expérimente des outils, pour communiquer de façon efficace sur le changement climatique. Mais d’emblée, il convient de clarifier le cadre conceptuel relatif à l’aridité et à la semi-aridité. C’est une condition sine qua non pour saisir la pertinence des résultats du projet. En tout cas, les premières conclusions des chercheurs laissent apparaitre de réelles dynamiques de résilience au changement climatique. Manifestement, pour mieux « résister », les acteurs vulnérables entreprennent et diversifient leurs moyens de subsistance. Il revient donc aux décideurs de les accompagner et de les appuyer par des programmes adéquats et efficaces. C’est dire que les solutions aux risques climatiques peuvent être endogènes. Et le PRESA y croit fermement.

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Troupeau en pâture dans le Saloum, au Sénégal